
Une brasserie face à la gare Montparnasse, 9 heures du matin.
J’ouvre le Parisien. Juppé, l’animal sur-adapté à la réussite et au bonheur tombe. Pourtant, quel animal « surdoué du trafic urbain ».
Mon stylo glisse sur le papier…
Calais, rue de Fontenelle. Un type de vingt-cinq ans se pend dans sa chambre. Il a préféré en finir là, à l'abri de sa mansarde, prostré dans ce quelque chose de neuf mètres carrés comme un vague chez lui. Il était demandeur d'asile depuis cinq ans. Il a fini son voyage. Je rencontre l’équipe de travail, éprouvée par le décès de cet homme et considérant son travail comme un échec.
Il me chope les couilles, littéralement. Il me met la main au pantalon, n’importe quand, sans prévenir, pour vérifier si je suis un homme. Il le fait consciencieusement, avec insistance. C'est important, les testicules. L'essentiel d'une éducation s'y focalise. Il doit les manipuler à sa guise. Sinon, les coups pleuvent, pour rien, pour tout. Sans raison. Tout cela est au-delà de la raison. Un message, sans doute. J’ai peur, tout le temps. Je crains sa présence.
Elle prend un couteau de cuisine effilé qu’elle avait apporté exprès, se taille les avant-bras, avale des médicaments. Seule dans son bureau, elle se sent partir. Angoisse. Elle appelle sa collègue du bureau d’à côté au secours. Les pompiers l'évacuent. Elle est toujours consciente. Trop.
Mariée, deux grandes filles, elle en a plein le dos depuis des années…
Douleurs lancinantes depuis des années. L’entreprise l'a mise doucement au placard. Elle est anéantie. La directrice des ressources humaines en est toute retournée.
L'humain, ça peut être saisissant.
Elle rencontre le mari, ailleurs, à Bordeaux après avoir raté l'avion du départ. Le mien. Nous devions nous y rejoindre. Je verrai toute l’équipe de l’agence. Passants hébétés et surpris.
Extrait de "Journal d'un psy de l'urgence" aux Editions Société des Écrivains
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