
Christine, l’infirmière d’une entreprise industrielle m’appelle.
La D.R.H. de son service s’est effondrée. Elle aurait été insultée par le PDG. Est-il possible que je vienne tout de suite la voir ?
J’ai une disponibilité l’après-midi. J’accepte de la rencontrer.
En arrivant, c’est l’infirmière qui m’accueille. Elle aussi a besoin d’être débriefée et je passe un moment avec elle. Elle me parle de la DRH qui est venue la veille après-midi en larmes se tenant le ventre. La DRH sortait d’une réunion avec son PDG. Il l’avait insulté et lui avait fait très peur en balançant les dossiers contre le mur.
« Dans quel monde vivons-nous ?» me dit-elle.
Sur ces mots la DRH arrive, me salue et m’amène dans un bureau qui n’est pas le sien me dit elle pour garder la confidentialité et ne pas risquer d’être dérangé.
Je m’assois près d’elle.
Elle raconte qu’elle avait rendez vous avec le PDG à 15H hier et que... elle éclate en sanglots me tenant les mains…
Il m’a traité de merde de chien et d’ordure finie. Il n’était pas content parce que je n’avais pas licencié Monsieur Martin sans préavis comme il l’avait exigé. Il a jeté un paquet de dossier contre le mur avec une violence inouïe. Je ne m’attendais pas à ce qui allait se passer. J’ignorais le sujet de notre rencontre. J’accompagne avec douceur ces yeux bruns remplis de larmes qui vacillent. Elle manque de tomber. Elle se retient à moi.
La décision de licencier de cette façon vient du Siège dont elle dépend. Elle n’a pas pu le dire.
Je lui fais comprendre que ce qui est arrivé c’est comme un une lame de couteau qui était entré en elle.
Elle vient petit à petit à parler de son enfance bafouée en se tenant le ventre. Elle était souvent battue injustement par son père.
L’entretien dure 2 heures. Elle répète sans cesse les mêmes mots.
Elle est allée voir son médecin hier soir qui lui a conseillé de prendre un somnifère et de voir un psy. Il l’a mis sous antidépresseurs et lui a donné un arrêt de travail de 3 jours. Mais elle n’a pas le temps. Elle bosse de 15 à 20 heures par jour du lundi au vendredi. Comment ferait-elle ?
Je lui explique que certains PDG quand ils réussissent sont comme des enfants gâtés. Rien ne leur résiste. Tout est jeu gagnant. J’essaye de lui faire comprendre quel type d’individu elle a en face d’elle et comment elle va devoir, puisqu’elle le veut, lui faire à nouveau face.
Elle sort un peu soulagée de notre entretien. Nous avons un autre rendez-vous 2 jours après.
Lorsque je la revois, c’est encore dans un autre bureau. Elle ne veut pas qu’on la voit avec moi dans son aile d’usine. Le PDG a fait des excuses. Elle n’arrive plus à le regarder en face et avoue avoir vomi à plusieurs reprises.
Cependant elle tiendra.
Elle est seule dans la vie.
Elle n’arrive plus à jouer du piano. Ca la dégoute.
Je lui donne les coordonnées d’un confrère prés de l’usine.
Elle est contente de me voir et me remercie de ma présence.




