
Les gens se méfient les uns des autres. Le monde entier est en souffrance. Il suffit d’allumer son poste de télévision pour découvrir avec horreur la litanie quotidienne des spectacles terrifiants que nous offre l'obscénité du monde.
Il suffit d'ouvrir son journal pour s'hébéter d’un fait divers encore plus tragique que celui de la veille, il suffit d'aller à l'usine, dans la rue, au bureau... bref, la terre ne tourne pas rond. Nous sommes constamment en situation d'être des victimes, des victimes à ce point constantes qu'on finirait par les croire consentantes…
Bombardés de toutes parts par la misère du monde, épuisés par le poids de notre passivité, souvent, de notre impuissance, parfois. Ou le contraire.
Un nouveau courant en psychologie – la victimologie – invite raisonnablement à aller vers la personne en souffrance. Ce courant prend en compte notre état de mal-être – il s'ancre dans la réalité – et lui offre ses yeux, ses mains, son oreille.
Chacun de mes jours, vous me verrez me déplacer vers nous dans cette relation d’aide, d’écoute, de soutien. Les pompiers n'éteignent pas les incendies tel jour à telle heure dans leurs casernes. Or, le monde brûle, souvent. Petit soldat du feu de l'humaine souffrance, je me rends là où tu travailles, là où tu dors, là où tu agites tes jours.
Extrait de "Journal d'un psy de l'urgence"


