mardi 1 décembre 2009

Une oreille comme une main tendue

L'homme que je suis devenu pousse son cri par un heureux hasard, le 29 mai 1952, et son premier cri monte, déjà, vers l'Éternel. D'autres après nous, et avant nous, saisirent cette chance.
Gémir, non d'être en vie, mais pour vivre mieux, et mieux comprendre cette vie, qui nous mène où bon lui semble.

Pleurer pour rester parmi les vivants. Implorer de vivre. Supplier Dieu de nous révéler pourquoi il nous a aussi dotés de la parole. Alors, je suis cette longue plainte qui monte... Et j'écris une longue lettre que nous ne refermerons jamais, comme une plaie ouverte.

13h. Du bruit autour de moi dans la brasserie. Des visages. Des regards. Des rires.

Aujourd’hui, je suis psychothérapeute et fondateur-directeur d'un cabinet de psychologie employant une équipe de psychologues cliniciens. J'ai développé depuis plusieurs années un positionnement original d’intervention auprès de chacun d’entre nous. Ceci en Victimologie.

Cette orientation est directement issue des chemins de ma vie. Je le sais.
Je suis une oreille. Je la tends comme on tend une main secourable.
Après un évènement tragique, elle vient prêter main-forte aux plus démunis. Elle ne dit pas grand-chose, presque rien… Elle entend tout.

Aujourd'hui, sans afficher le pire, je viens dire comment on peut survivre heureux, ou presque. Le dire comme un homme, mais aussi comme un spécialiste, comme un homme-thérapeute, un homme qui soigne les maux qu'engendre notre monde.

L’avenir de notre société dépend de ces soins de proximité.

Je n'attends pas que la misère vienne frapper à la porte. Je m'approche de la douleur de mes semblables, comme on vient au secours de son autre, de son double, de cet étrange et si prochain soi-même. À qui le tour ? Ce que nous oublions trop souvent, c'est que ce prochain sur la liste des vivants en souffrance, ce peut être nous. J'ai exercé ma foi de cette façon.

De cette profession de foi, de ce combat, j'ai fait une profession. C'est mon gagne-pain. Ce n'est pas si facile. Ce culte-là est plus exigeant qu'on ne le croie généralement : il compte bien plus d'appelés que d'élus...

Extrait de "Journal d'un psy de l'urgence"

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